Lorsque Grégory Loras et son épouse Soledad se sont installés en 2001 au domaine de la Source à Saint-Julien de Chédon (Loir-et-Cher), ils avaient mis toutes les chances de leur côté pour réussir leur installation en viticulture. Grégory avait en poche son BTS viti-oeno, connaissait bien le marché du vin, et ne manquait ni d'ambition, ni d'envie de bien travailler.

Les différentes administrations (Adasea, Safer, préfecture, chambre d'agriculture...) avaient validé le montage financier de son projet et la viabilité économique de son installation. Très vite, Grégory Loras a fait la preuve de son talent, décrochant par exemple un Liger d'Argent pour son cabernet franc 2003 au concours des Ligers organisé dans le cadre du dernier Salon des Vins de Loire. Quittant une coopérative qui lui achetait son raisin à la moitié du prix annoncé avant son installation, il a aussi fait la preuve de son dynamisme commercial, développant une clientèle en partant de zéro et faisant par exemple le tour des cafés et restaurants de Tours pour proposer son Touraine Primeur.

En janvier 2005, interviewé par le mensuel La Vigne, il se disait prêt à affronter toutes les contraintes car il avait le sentiment de faire "le plus beau métier du monde".

Mais tout cela n'a pas suffi.
Aléas climatiques, crise viticole et contraintes administratives se sont aditionnés pour conduire le jeune vigneron à déposer le bilan.
La grêle en 2001, une année difficile en 2002, le gel et la grillure de la canicule 2003... Tout s'est aditionné. Et dans l'appellation , le vin rouge vendu au négoce est payé 0,78 €/l alors que la chambre d'Agriculture du Loir-et-Cher estime son prix de revient à 1,22 €/l...
Et le coup de grâce est venu de l'administration. Car si Grégory Loras équilibrait les comptes de son exploitation grâce à une activité de pépinière viticole qui lui rapportait 70 % de son chiffre d'affaires, on l'a obligé à détruire 12 000 plants de pinot noir pour des motifs sanitaires et réglementaires : il avait sélectionné des greffons de Pinot Noir en sélection massale dans une vigne de Bourgogne et les avait apporté en Val de Loire sans prendre le soin d'effectuer toutes les démarches administratives nécessaires au transport de greffons...
Aujourd'hui, le vigneron est contraint de déposer le bilan avec tout ce que cela implique : licenciement du personnel, difficultés sociales, familiales, personnelles...
Et l'histoire est malheureusement banale et se répètera dans toutes les régions touchées par la crise : Beaujolais, Bordelais, Muscadet, Touraine... Des vignerons ambitieux, courageux, soucieux de la qualité de leurs produits, feront les frais de la crise viticole qui s'annonce...

Puisque l'administration a décidé de l'obliger à détruire ses 12 000 plants "illégaux" de Pinot Noir, Grégory Loras les fera brûler dans un drôle de feu de la Saint-Jean, le vendredi 24 juin. "Afin qu'un tel gâchis ne se reproduise plus, il faut faire de cette destruction un acte symboliquement fort." estime le vigneron.

Lu sur le site de la Confédération Paysanne :

Action syndicale Vendredi 24 juin 2005, 10 heures, à Saint Julien de Chédon (41)

Un jeune viticulteur/pépiniériste va t-il devoir brûler 12 000 plants de vignes le jour de la Saint Jean ?






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