A quelques kilomètres au nord de Bourges, dans la forêt domaniale de Saint-Palais, le chêne Saint-Etienne était réputé de longue date comme un arbre remarquable. Planté là en 1560, il devait son nom au chapitre de l'église métropolitaine Saint-Etienne de Bourges qui fut propriétaire de la forêt jusqu'à la révolution. Sans doute, ses aïeuls furent-ils utilisés pour édifier la cathédrale de Bourges et l'arbre était souvent visité par des radiesthésistes du Cher, qui lui prêtaient des vertus stimulantes énergétiques, en raison de sa position, "au carrefour de forces telluriques".

Avec ses 37 mètres de hauteur, dont 20 mètres de tronc, 6 mètres de circonférence à la base et un poids total de 35 tonnes, ce chêne majestueux aurait vu passer Sully, le ministre d'Henri IV, qui venait s'y ressourcer, et Agnès Sorel et Charles VII qui venaient s'y promener.

Mais la belle histoire du chêne Saint-Etienne faillit prendre fin le 9 juin 1993, lorsque la foudre s'abattit sur l'arbre. Depuis une tornade qui avait couché 20 000 m3 de bois dans la forêt de Saint-Palais les 7 et 8 novembre 1982, le chêne Saint-Etienne avait perdu le bouquet d'arbres qui protégeait ses flancs et la foudre le trouva en "première ligne", brûlant profondément 2 de ses 3 branches maîtresses et le dépouillant de son écorce sur plus d' 1/3 de son tronc.

L'Office National des Forêts dut se résoudre à le mettre en vente et à le faire abbattre le 17 mars 1995.

Une quarantaine de fûts

Mais l'histoire ne s'arrête pas sur cette triste fin. Camille Gauthier, fendeur de merrains dans le village voisin de Méry-ès-Bois, Jean Vicard, tonnelier à Cognac et Jean-Marie Bourgeois, vigneron à ont décidé d'offrir une seconde vie à cet arbre.

Après quatre ans de séchage, le bois de cet arbre exceptionnel a permis de fabriquer une quarantaine de fûts, des pièces bourguignonnes de 228 litres et quelques demi-muids de 600 litres.

Et depuis 2000, Jean-Marie Bourgeois vinifie et élève dans ces fûts la sélection de ses meilleures parcelles pour proposer une cuvée "Chêne Saint-Etienne" de Sancerre rouge et blanc.

Reboiser la forêt

Pour que l'histoire se poursuive, la maison Henri Bourgeois a même entrepris de participer, avec l'office national des forêts, au reboisement de la forêt de Saint-Palais, durement touchée par la tempête de décembre 1999. 1 000 chênes seront ainsi plantés par la maison Henri-Bourgeois et chaque acquéreur des bouteilles de la cuvée du chêne Saint-Etienne deviendra le parrain d'un chêne qui portera le nom de son choix.

Dans quelques siècles, quelques arbres devenus à leur tour exceptionnels pourront ainsi donner d'autres tonneaux pour élever d'autres cuvées d'exception...



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