Autorisée et légitime lorsqu'il s'agit de corriger les effets d'un millésime, la chaptalisation, et les autres techniques d'enrichissement qui permettent d'augmenter la quantité de sucre du moût de raisin en y ajoutant du sucre ou du moût concentré, sont également autorisées dans les régions du nord de la France, même lorsque la saison s'est montrée généreuse et ensoleillée et même lorsqu'il s'agit de vinifier des vins moelleux, que l'on présentera ensuite au consommateur en vantant la richesse en sucre prétendument obtenue par passerillage, botrytisation ou par des tries sévères...

Autant dire qu'une telle pratique, qui permet au vigneron négligent d'obtenir la même richesse en sucre qu'un vigneron ayant effectué des efforts dans la conduite de ses vignes, est clairement déloyale...

Et que le consommateur est très mal informé puisqu'il n'a aucun moyen de découvrir sur l'étiquette si le vin moelleux est produit à base de sucres de raisins ou si on y a ajouté du sucre de betterave ou de canne à sucre...

et , les deux appellations de vins moelleux de Touraine, ont heureusement décidé de rompre avec cette vilaine habitude. Et elles devraient très prochainement modifier leurs règles de production dans le cadre d'une réécriture des décrets de toutes les appellations françaises, souhaitée par l'Inao qui demande aux vignerons de "dire ce qu'ils font et de faire ce qu'ils disent".

Concrètement, l'appellation Montlouis-sur-Loire veut s'interdire tout enrichissement pour les moûts de raisin dont le degré potentiel dépasse 15,5 °, c'est-à-dire ceux dont la richesse en sucre dépasse 250 g/l (il faut 16 à 17 grammes de sucre dans le jus de raisin pour que la fermentation produise 1 gramme d'alcool). Les moelleux titrant 12° d'alcool et ayant plus de 50 grammes de sucres résiduels ne pourraient donc plus être chaptalisés.

A Vouvray, les vignerons s'orientent vers une réglementation qui prévoit que l’enrichissement maximal, en degré, sera égal à 7,5 - (degré naturel/2). Ce qui revient à limiter la chaptalisation pour les moûts de raisin dont le degré potentiel dépasse 10 ° et à l'interdire dès que le degré potentiel dépasse 15°.

Dans ces deux appellations, la chaptalisation des moelleux était d'ailleurs peu fréquente puisque, des deux côtés de la Loire, les vignerons peuvent produire des vins effervescents ou des vins secs ou demi-secs lorsque le millésime ne permet pas de vinifier des vins moelleux.

Leur décision témoigne en tous cas d'une volonté de rigueur et de transparence vis à vis du consommateur. C'est aussi une grande victoire pour les vignerons, comme par exemple ceux de l'association Sapros, qui produisent de vrais vins moelleux et dénoncent depuis des années la concurrence déloyale des moelleux chaptalisés.

Il reste à espérer que les autres appellations de vins moelleux et liquoreux, dans le Val de Loire comme dans d'autres régions, suivent ce bon exemple...

D'autres articles sur des thèmes similaires :

Répondre à cet article